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Une grande agence de photo écourte une manifestation à Beyrouth (info # 012305/11) [Information générale]
Par Sandra Ores © Metula News Agency
Le Liban accueillait, cette année, le concours annuel de photojournalisme de l’organisation amstellodamoise World Press Photo. Cette compétition internationale, dont les clichés récompensés sont présentés chaque année dans un pays différent, est considérée comme très prestigieuse dans le milieu de la photo journalistique. L’exposition fut ainsi inaugurée, le 12 mai dernier à Beyrouth, et était censée se poursuivre jusqu’au 1er juin.
World Press Photo a toutefois décidé, à la surprise générale, de clôturer l’exposition 10 jours avant la date prévue. Cette décision a été prise par l’institution batave après que les autorités libanaises lui eurent intimé l’ordre de retirer une œuvre primée, pour la raison que son auteur était israélien.
Le photographe concerné, Amit Sha’al, a reçu le troisième prix du concours dans la catégorie Art et Divertissement, histoires. Il a réalisé un travail "à travers le temps et l’espace", ajustant des photos d’archives d’Israël sur leur" toile de fond actuelle. Il fait par ailleurs partie de l’équipe du quotidien économique israélien Calcalist.
World Press Photo a rejeté la tentative de censure et a pris la décision d’écourter l’évènement, plutôt que de se plier à la requête du pays hôte. Le directeur général, Michiel Munneke, a ainsi publiquement annoncé : "l’intégrité de notre exposition était en jeu. Retirer n’importe quelle photo primée se résumait à de la censure, ce qui est, pour nous, inacceptable. Dans ce cas, fermer l’exposition constituait la seule manière de demeurer fidèles à nos principes de promouvoir la liberté d’information".
Erik de Kruijf, quant à lui, chef de projet chez World Press, a fait le commentaire suivant : "Pendant une semaine, ça n'a pas posé de problème, et puis quelqu'un a remarqué que c'était un photographe israélien. Nous ne pouvons accepter de censure de quelque genre que ce soit, c'est pour cela que nous avons décidé de tout annuler".
La photo primée d’Amit Sha’al
En consultant son site Internet, on apprend en effet que l’agence néerlandaise s’est donnée pour mission de promouvoir un échange d’information libre et non-restreint. En refusant la censure à caractère raciste de l’Etat libanais, elle a fait preuve de professionnalisme, maintenant l’art hors de portée d’une tentative d’ingérence politique.C’est la direction de la Sûreté Générale libanaise qui a émis l’ordre de retirer la photo de Sha’al, selon le témoignage anonyme de l’un de ses agents. La Sûreté Générale dépend du ministère de l’Intérieur ; elle assume principalement les fonctions sécuritaires consistant à "collecter des informations politiques, économiques et sociales "dans l’intérêt du gouvernement"". L’entité est également responsable du contrôle de l’entrée des personnes sur le territoire national, et de l’application de la censure des media.
Il y a de cela un peu plus d’un an, en avril dernier, la même Sûreté Générale avait interdit le passage sur les chaînes de télévision libanaises d’un vidéoclip arménien qui évoquait la libération du joug de l’empire ottoman ; ce, au prétexte que "le Liban entretient actuellement de très bonnes relations avec la Turquie, et que nous ne voulons pas que la chanson froisse l’ambassadeur turc".
Des cas de boycott d’artistes juifs au Liban ont été relevés à de nombreuses occasions par le passé, à l’instar de l’action menée contre le chanteur Patrick Bruel, qui, dans les années 1990, avait dû annuler son concert, à cause de son soutien à Israël. Ou encore du film Rabbi Jacob, qui est interdit de projection au pays des cèdres, probablement à cause de son contenu manifestement juif.
Il existe, au Liban ainsi que dans tous les autres pays de la Ligue arabe, un boycott officiel d’Israël, organisé par le Bureau du Boycott, situé à Damas. Cette institution examine les moyens de nuire à l’économie israélienne, en interdisant aux pays arabes toute transaction avec Israël ou avec des entreprises de pays tiers traitant avec l’Etat hébreu.
L’humoriste français Gad Elmaleh, d’origine juive marocaine, qui était invité, il y a deux ans, au Festival de Beiteddine, s’est trouvé être la cible d’une violente campagne à son encontre, entretenue par la chaîne de télévision du Hezbollah Al-Manar ; après avoir reçu des menaces, il avait lui aussi annulé sa performance.
La Sûreté Générale est une organisation agissant sous l’autorité de l’Etat ; cependant, à en croire Ahmad Fatfat, député libanais appartenant au Courant du Futur (sunnite) de Saad Hariri : "Bien sûr, en son sein, on trouve des officiers ayant des affinités politiques connues en faveur du Hezbollah".
L’officier ayant révélé l’ordonnance de la Sûreté Générale a donné comme explication à cet acte de boycott, que les deux pays étaient "en état de guerre". Le Liban et Israël sont cependant liés par un accord d’armistice, signé en 1949.
Il s’agit, en réalité, de dispositions nourries par la haine raciale, mises en œuvre par l’Etat libanais, jouissant, malheureusement, du soutien de la plupart des communautés ethnico-religieuses constituées le composant.
Le mérite de World Press Photo a été de ne pas plier devant cette instrumentalisation guerrière de l’art, et d’avoir eu le courage de mettre en lumière cet aspect assurément détestable de la réalité libanaise.
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