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Un super video juke-box

Grands ou petits , jeunes ou vieux , hommes ou femmes archivez ce document c’est un vrai régal.....
Vous pouvez réécouter + d’un siècle de chansons , une archive à conserver sans " modération’

Un super video juke-box, à conserver dans ses favoris !!!
C’est une vraie mine d’or,
Entrez le nom de l’artiste que vous souhaitez écouter, dans la petite fenêtre prévue à cet effet.
Je n’ai pas réussi à prendre en défaut ce site et pourtant j’ai tapé des noms de chanteurs qui ont eu leurs heures de gloire avant 1940! (par exemple : Berthe Silva, Reda Caire, Jean Lumière, Rina Ketty, Mistinguet....),
On trouve également d’anciennes vidéos.
C’est tout simplement ahurissant!

http://uwall.tv/

mercredi 14 juillet 2010

Je m’appelle toujours Guilad Shalit.
Nouvelle
Par Thierry Cohen
Auteur de « J’aurais Préféré Vivre » et « Je le ferai pour toi »

Je m’appelle Guilad Shalit.
Oui, je m’appelle toujours Guilad Shalit.
Même si ça fait bientôt quatre ans que personne n’a prononcé mon nom.
Même si rien de ce que je vis ici ne correspond à la vie du Guilad Shalit qui existait avant.
Chaque jour je me répète mon nom. Mon nom et mon histoire. Pour ne pas oublier qui je suis. Pour ne pas me laisser aspirer par ces journées sans fin. Pour effacer les murs, les insultes et l’effroi.
Au début, j’ai vécu dans l’instant et chaque seconde était pleine de ma peur. La peur, la vraie, celle qui, tel un vent glacial, s’engouffre au plus profond de vous, saisi chaque fibre de votre corps et vous laisse figé, tétanisé, ne sachant plus penser, ni respirer. J’ai passé tant d’heures à redouter le pire, sursautant au moindre bruit, pétrifié à chacune de leurs apparitions. Mon espoir n’avait pas d’autre ambition que d’entendre le prochain battement de mon cœur, de connaître la minute qui viendrait.
Mais rien ne s’est passé et ma peur s’est diluée dans les heures, les journées, les semaines et les mois.
Et derrière l’instant est apparu l’espoir.
L’espoir fou que peut-être un jour…
L’espoir, fleur improbable sur un tas d’immondices.
J’ai espéré si souvent. Chaque fête, chaque moment important de l’année semblait offrir une possibilité de libération, une opportunité de revoir les miens.
Puis le temps s’est écoulé et rien n’est arrivé.
Et derrière l’espoir est apparu le vide.
Celui de l’attente, du temps qui s’étire jusqu’à noyer son rythme dans l’abîme du néant, du rien, de l’oubli de soi-même.
J’aurais pu devenir fou à attendre sans espérer, à sombrer dans ces journées sans fin. Oui, j'ai senti la folie me guetter, m’approcher, me cerner.
Alors, j’ai décidé de reprendre possession des jours, des heures, des minutes et secondes. J’ai décidé d’apprendre à domestiquer le temps, en le remplissant de moi, du passé et des miens. J’ai décidé de retourner dans le seul endroit encore libre de mon exigu univers, le seul lieu de bonheur dont ils ne sauront jamais me priver.
J’ai décidé de voyager à l’intérieur de mon âme.
De visiter mes souvenirs comme d’autres visitent un lieu d’histoire : pour se rappeler d’où ils viennent et savoir qui ils sont.
Et pour tuer le temps.

Je choisis une journée dans ma vie et je la déroule lentement sur mes paupières closes ou le mur, le plafond. Je revois chaque instant, pénètre chaque émotion, essaye de sentir sur ma peau le soleil de Mitzpé Hila, dans mon nez le café d’Aviva, ma mère, sur mon visage les caresses de Hadass, ma sœur, sur mon torse les coups de poings de mon frère Yoel, sur mon épaule la main de Noam, mon père.
Je traque chaque détail pour le vivre intensément et faire durer le rêve.
J’ai tellement d’heures à occuper.
Mais la mémoire est à la vie ce que le film est au roman. Elle réduit, résume, concentre, embellit certains passages et en oublie d’autres, qu’elle juge peu importants.
La mémoire est une Michna des émotions ; or c’est d’une Gémara dont j’ai besoin pour remplir mon temps.
Parfois, je suis à la maison. Papa et maman sont là. Mon frère et ma sœur aussi. C’est une journée sans mouvement et sans heurts. Une journée anodine. Le genre de journée qu’auparavant, porté par l’impétuosité de ma jeunesse, je disais ennuyeuse. Ennuyeuse… quelle ironie… Une journée douce, paisible, pendant laquelle chacun vaque à ses occupations. Je suis allongé sur mon lit, un roman dans les mains. Les miens sont là, près de moi, mais je ne les vois pas. Je suis ailleurs, dans cette histoire que je sais fictive et qui, pourtant accapare mon esprit. Je suis ailleurs et pourtant avec eux. On est une famille quand on sait être ensemble, quand, dans le silence, on devine le lien qui nous unit. Quand les autres deviennent l’écrin de votre sérénité.
D’autres fois, je suis avec des amis. Nous jouons au basket, ou au foot ou allons au cinéma, ou danser, ou diner. Chaque pas compte, chaque regard. Le goût des aliments dans ma bouche, les bruits autour de moi, les odeurs. J’intime à ma mémoire l’ordre de tout me restituer.
Ou je suis au lycée et j’écoute les cours, je regarde les filles et ris des plaisanteries lancées par mes copains.
Je suis ailleurs, avec ceux que j’aime et qui m’ont aimé. Mais je ne suis jamais à l’armée. Car les souvenirs d’armée, irrémédiablement, me ramènent ici.
Je choisis mes souvenirs dans ceux qui me rapprochent de moi, du Guilad Shalit que j’étais. Et je n’ai jamais été autant moi-même que près de ceux que j’aime.


Il m’arrive de quitter les souvenirs pour revenir au présent. Pas ici, entre ces quatre murs. Ici le présent n’existe que dans l’instant qui lentement s’éteint et que j’essaie de raviver à force de volonté.
Je visite le présent dans lequel je ne suis plus et qui pourtant existe à quelques kilomètres de là seulement.
J’imagine ceux de mon âge, mes amis ou même des inconnus marcher dans les rues de Mtizpé Hila, s’assoir à un café, rire, se chambrer, plaisanter avec une fille qui passe. Ils ont fini l’armée, sont entrés dans la vie active. Certains se sont mariés. D’autres ont trop de rêves, d’envies ou de folie pour avoir pu se caser alors ils continuent d’être jeunes et de rêver d’autre choses, d’autres pays, d’autres filles.
Je suis avec eux. J’entends leurs rires, leurs histoires, leur blagues souvent foireuses. Je me sens bien en leur compagnie.
Mais l’illusion dure peu. Elle se heurte trop souvent aux limites de mon imagination. Et je me sens exclu, seul, un pas derrière eux, une chaise à la table d’à côté. Ils ne me voient pas, ne m’entendent pas.

Parlent-ils de moi quelque fois ? Et que disent-ils ? Ont-ils encore l’espoir de me revoir ? Ou alors, à l’évocation de mon nom, peut-être que leur visages s’assombrissent ?

Je sais que le pays ne m’a pas oublié. Le pays n’oublie jamais les siens. Nous le savons, nous l’apprenons. Nous répétons toutes les procédures qui empêcheront que l’un des nôtres soit laissé mort ou vivant entre les mains des ennemis.
Et pourtant…

Je sais que des négociations sont en cours. Je sais que mes parents, mes amis travaillent chaque jour à ma libération. Je le sais ! Mais chaque jour qui passe me raconte leurs difficultés. Sont-ils encore nombreux à penser à moi, à œuvrer pour que je rentre un jour à la maison ? Ou bien le temps a-t-il amenuisé leur ardeur ? Certains se sont-ils résignés ? D’autres font-ils juste semblant d’y croire ? Je sais que ma famille et mes amis se battront jusqu’au bout, qu’ils crieront leur amour, même en plein désert. Même contre un mur.

Israël a toujours ramené ses fils à la maison. C’est ce que je me répète sans cesse, quand l’espoir s’impose à ma conscience. Mes geôliers aussi le savent et c’est à cette idée que je dois d’être encore vivant. Ils veulent m’échanger contre 10, 30, 50 ou 100 prisonniers de leurs camps. C’est pour cela qu’ils m’ont dit de me laver, de m’habiller puis de parler et sourire devant une caméra.
Cette vidéo est porteuse d’espoir, mais elle dit également l’impatience de mes ravisseurs. Je les sens nerveux, excédés. Ils ont peur, eux aussi. Peur d’être découverts, de voir leur projet réduit à néant. Qu’attend mon pays pour venir me chercher ? Pour trouver un accord ! Que mes ravisseurs en viennent à perdre patience et me tuent ?
Israël ramène toujours ses fils à la maison.
Mais parfois morts.
Je ne veux pas y penser.
Je veux oublier ce que je suis ici et me plonger dans un souvenir qui me dira ce que j’étais là-bas.
Tiens, maman m’appelle.
- Guilad, mon fils, viens déjeuner.
- J’arrive, maman.

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