
La French Touch d'un grand nom
Par NATHALIE BLAU, MAXIME BLANCHARD ET EVA SAMAK
19.07.10
1990 - 1998
Photo: JPost
Quand l'édition française du Post voit le jour, David Levy est alors aux Affaires étrangères dans le gouvernement d'Itzhak Shamir, en place depuis 1986. Il est présent lors du lancement officiel du journal, marqué par une réception à l'hôtel Hilton de Jérusalem.
En juin 1991, l'Opération Salomon fait la une du journal : 14 000 Juifs éthiopiens seront transportés vers Israël en l'espace de quelques heures. Inquiet du sort réservé à ces populations en Ethiopie, alors en proie aux actions des rebelles, Israël organise un pont aérien, 34 avions d'El Al et des appareils de l'armée de l'air se relaient pour réussir en un temps record l'aliya de ces milliers de Juifs éthiopiens. Pour l'occasion, l'édition française du Jerusalem Post intègre une photo couleur en première de couverture, qui occupe une place de choix.
9 mars 1992, mort de l'ancien Premier ministre Menahem Begin. Tout naturellement, le journal lui rend hommage, avec en une, une photo qui illustre la signature des accords de Camp David, en mai 1979. Begin serre chaleureusement les mains d'Anouar el-Sadate, alors président égyptien et de Jimmy Carter, président américain.
Autre disparition d'un père fondateur de l'Etat : celle d'Itzhak Rabin, en novembre 1995. L'artisan des accords d'Oslo, Premier ministre depuis juillet 1992, est assassiné par Yigal Amir, un étudiant d'extrême droite israélien. L'édition française fait sa une sur l'hommage rendu à l'ancien général de Tsahal, devenu l'un des plus farouches défenseurs de la paix. Un million de personnes s'étaient réunies sur l'esplanade de la Knesset pour une cérémonie officielle d'adieu.
Entre-temps, un an après les accords d'Oslo, qui mettent fin à la première Intifada, Israël doit faire face à une nouvelle vague d'attentats terroristes à partir de 1994. Tel-Aviv, Ramat Gan, Netanya puis Jérusalem sont frappées par des attentats suicides. L'édition française, qui adopte définitivement une photo couleur en une à partir de 1994, titre régulièrement sur ces actes de terrorisme sanglant qui frappe le pays.
Quelques bonnes nouvelles, aussi, en vrac, au cours de ces 8 ans : la grande vague d'aliya russe entre 1990 et 1991, l'inauguration du nouveau bâtiment de la Cour suprême à Jérusalem en 1992, et les premières prestations dans le petit Etat juif de grandes stars internationales comme Elton John et Madonna. Quant à la controversée Dana International, elle a permis à Israël d'être sous les feux de la rampe en 1998, en remportant l'Eurovision.
1998 - 2002
En 1998, Israël fête ses cinquante ans. Pour marquer ce jubilé, la rédaction, dirigée par Isabelle Puderbeutel depuis le départ de Richard Darmon en novembre 1996, publie un portrait de Théodore Herzl en première page de son numéro du
29 avril. Puderbeutel restera aux commandes pendant deux ans.
Un an plus tard, la maquette du journal évolue. Signe des temps, à partir de 1999, l'image envahit la une. L'édition française quitte son look de quotidien pour entrer dans l'ère du magazine. Le journal gagne en modernité, et les pages intérieures sont plus aérées. Mais si la présentation change, l'info, elle, fait date : en mai 1999, contre toute attente, Ehoud Barak remporte les élections anticipées et contraint Binyamin Netanyahou à l'exil politique. "La victoire d'Ehoud Barak avec 56 % des suffrages exprimés bouleverse la donne politique en Israël", pouvait-on lire.
Autre bouleversement en 1999, mais du paysage tel-avivien cette fois : avec la construction des deux premières tours Azrieli - la ronde et la circulaire. La troisième, la tour carrée, sera terminée en 2006. Les trois bâtiments forment un complexe de gratte-ciel du nom de leur créateur, le célèbre architecte David Azrieli. En janvier 2000, Martine Fischel reprend officiellement les rênes du journal. L'hiver est particulièrement rigoureux à Jérusalem, qui décide la rédaction de mettre la neige en une. Mais cette année-là restera marquée comme celle de la seconde Intifada. "Emeutes dans les territoires," fidèles reflets d'une situation tendue, les titres se suivent, et malheureusement, se ressemblent.
L'époque est lourde : alors que le processus de paix est dans l'impasse après les sommets de Camp David II en juillet 2000 et que l'armée israélienne vient de se retirer du Sud-Liban, le gouvernement d'Ehoud Barak doit affronter l'insurrection palestinienne. Cette nouvelle guerre des pierres avait commencé en septembre 2000, avec la visite d'Ariel Sharon sur le Mont du Temple à Jérusalem, en septembre 2000. Provocations du chef du Likoud selon les Palestiniens, ou insurrection planifiée par Yasser Arafat après l'échec de Camp David II, d'après bon nombre d'experts. Toujours est-il que les attentats suicides reprennent en Israël, plus de vingt morts dans une discothèque de Tel-Aviv, près d'une trentaine lors de l'attentat de l'hôtel Park à Netanya. Des actions pilotées par Marouan Barghouti qui s'impose en véritable chef des terroristes palestiniens.
Conséquence de la seconde Intifada, l'opération "Rempart" est mise en place, Tsahal investit partiellement les territoires. L'idée d'une barrière de sécurité est également envisagée. Parmi les incidents notoires, la visite de Lionel Jospin à l'université de Bir Zeit, près de Ramallah. Le Premier ministre socialiste français est pris pour cible par des étudiants palestiniens, à coups de jets de pierres. Blessé à la tête et hors de lui, le leader socialiste français avait annulé la visite d'un camp de réfugiés prévue le lendemain.
2002 - 2008
En mars 2002, le ballet des rédacteurs en chef continue : Meïr Azoulay remplace dorénavant Martine Fischel à la tête du journal. Homme d'image, il imprime sa pâte graphique sur l'hebdomadaire qui hérite alors d'une nouvelle identité visuelle : le logo "Jérusalem Post - Edition française" s'étend sur toute la largeur de la page et la couleur s'invite même dans les pages intérieures. Pour autant, l'actualité reste sombre. La victoire du Maccabi Tel-Aviv à l'euroleague de basket, en 2001, ne détournera pas l'attention de la seconde Intifada et de ses conséquences.
En juin 2003, l'édition française du Post fait sa une avec la barrière de sécurité. La rédaction se pose la question de son efficacité face au terrorisme. "Israël fait le mur", titre l'hebdomadaire. Outre son regard vigilant sur la charte graphique du journal, Meïr Azoulay travaille sa titraille : phrases courtes, mots percutants, le Post en français s'exerce aux jeux de mots : "L'angoisse de la séparation", toujours à propos de la clôture de sécurité, "Hélicos au billot" pour évoquer les appareils de l'aviation israélienne.
L'édition française consacre toujours une large part au conflit proche-oriental, mais les sujets de société sont de plus en plus développés. A titre d'exemple, cette une d'août 2004, qui met à l'honneur un orthodoxe en trottinette. Objectif : mettre l'accent sur les mutations de la communauté ultra-orthodoxe. Enfin, dernier legs de l'ère Azoulay, la maquette du journal s'étoffe pour passer à 32 pages.
Quand Chantal Osterreicher prendra le relais, en juin 2005, elle se trouvera confrontée à une actualité bien chargée. D'abord, le retrait du Goush Katif, à l'été 2005. Cette région au nord-ouest de la bande de Gaza, acquise en 1967, compte à l'époque 8 000 habitants israéliens, tous seront évacués par l'armée israélienne en août, sur décision du gouvernement d'Ariel Sharon. Un événement qui aura marqué les esprits et divisé le pays entre partisans du retrait israélien et opposants. Pour certains, assurer la sécurité de ces populations était devenu trop coûteux, d'autres pensaient qu'il s'agissait d'un signe de bonne volonté de la part d'Israël, qui allait dans le sens de paix. Pour autant, même après le désengagement, les roquettes Qassam tirées depuis Gaza n'ont pas cessé de tomber.
Le 25 juin 2006, Guilad Schalit est kidnappé par le Hamas et Israël lance alors l'opération "Pluie d'été" dans la bande côtière du Sud. Autre front de conflit, au nord cette fois, à la frontière libanaise : depuis le printemps 2006, les guérilleros du Hezbollah bombardent le nord d'Israël. Les tensions sont à leur comble avec l'enlèvement des deux soldats israéliens Ehoud Goldwasser et Eldad Réguev, coup d'envoi de la seconde guerre du Liban, le 12 juillet 2006, dans le but de récupérer les deux soldats kidnappés.
La guerre se termine sur une situation d'échec militaire et politique pour Israël. Cinq terroristes libanais seront par la suite relâchés en échange des dépouilles des deux soldats israéliens. La commission Winograd se chargera de faire la lumière sur les erreurs d'Ehoud Olmert et d'Amir Peretz, respectivement Premier ministre et ministre de la Défense d'alors.
Quelques bonnes nouvelles, tout de même, avec la société Better Place fondée par Shaï Agassi en octobre 2007 et qui promet de lancer Israël dans l'ère de la voiture électrique. Ou l'élection de Shimon Peres à la présidence de l'Etat le
13 juin 2007.
2008 - 2010
A quelques jours d'intervalle, Nicolas Sarkozy accédait à la fonction suprême en France. Avec, dans son sillage, le réchauffement des relations diplomatiques entre Paris et Jérusalem. Et son cortège de visites diplomatiques : le locataire de l'Elysée viendra déclamer son amitié à l'Etat juif, accompagné de sa nouvelle épouse, qui lui volera presque la vedette, en juin 2008.
Quelques mois plus tôt, en janvier, c'est le président américain, George Bush, qui venait affirmer au peuple israélien son indéfectible soutien. Autre visite médiatisée : celle du souverain pontife en mai 2009. Autant de rencontres au plus haut rang de la diplomatie qu'aura dû couvrir la nouvelle rédaction mise en place par Nathalie Blau, qui succède à Chantal Osterreicher en janvier 2008. Sous son impulsion, l'édition française prend son visage actuel : une photo de une en pleine page, un journal résolument magazine, une maquette revisitée pour proposer un journal encore plus dynamique et structuré.
Pour autant, l'actualité, elle, s'enlise. Jérusalem reste résolument l'objet de toutes les tensions. Quant à Sderot, fin 2008, la ville est toujours sous les roquettes. Tsahal lance l'opération Plomb durci le 27 décembre, avec les raids et les bombardements de son aviation, suivis quelques jours plus tard par une offensive terrestre. Les militaires israéliens sont sur le front, à l'image de ses deux soldats brandissant le drapeau blanc et bleu en première page de ce numéro de janvier 2009. Objectif affiché : mettre fin aux tirs de roquettes dont Sdérot est la cible depuis plusieurs années, en détruisant les postes de tirs et les stocks de roquettes Kassam.
La ville aurait essuyé plus de 6 000 roquettes en plus de vingt ans de bombardements sporadiques, causant morts, traumatismes pour la population et destructions multiples, comme le constate Binyamin Netanyahou sur cette une de décembre 2008.
Triste anniversaire, en mars 2009 : Israël commémore les 1 000 jours de captivité du jeune caporal Guilad Schalit. Son père Noam, en tête. Aujourd'hui encore, aucune visite de la Croix-Rouge ne lui a pas été autorisée. Enfin, dernier événement en date, l'affaire de la flottille : des commandos israéliens arraisonnent le Mavi Marmara qui transporte des militants prétendument pacifistes et de l'aide humanitaire pour Gaza. Bilan de l'opération : des soldats lynchés qui répondent en ouvrant le feu, résultat, neuf morts et une vague de critique anti-Israël au sein de la communauté internationale.
En passant, Israël a toutefois engrangé quelques succès dont il peut être fier : un prix Nobel de Chimie en 2009, grâce à Ada Yonath, l'inauguration d'un laboratoire de nanotechnologie parmi les plus sophistiqués au monde, en mai 2010 par l'université Bar-Ilan. Quant à Shahar Peer, elle a été élue femme de l'année 2010 par les médias israéliens et fait son entrée parmi les 20 premières joueuses de tennis mondiales.
Autant de bonnes raisons de continuer à lire l'édition française du Jerusalem Post.
Par NATHALIE BLAU, MAXIME BLANCHARD ET EVA SAMAK
19.07.10
1990 - 1998
Photo: JPost
Quand l'édition française du Post voit le jour, David Levy est alors aux Affaires étrangères dans le gouvernement d'Itzhak Shamir, en place depuis 1986. Il est présent lors du lancement officiel du journal, marqué par une réception à l'hôtel Hilton de Jérusalem.
En juin 1991, l'Opération Salomon fait la une du journal : 14 000 Juifs éthiopiens seront transportés vers Israël en l'espace de quelques heures. Inquiet du sort réservé à ces populations en Ethiopie, alors en proie aux actions des rebelles, Israël organise un pont aérien, 34 avions d'El Al et des appareils de l'armée de l'air se relaient pour réussir en un temps record l'aliya de ces milliers de Juifs éthiopiens. Pour l'occasion, l'édition française du Jerusalem Post intègre une photo couleur en première de couverture, qui occupe une place de choix.
9 mars 1992, mort de l'ancien Premier ministre Menahem Begin. Tout naturellement, le journal lui rend hommage, avec en une, une photo qui illustre la signature des accords de Camp David, en mai 1979. Begin serre chaleureusement les mains d'Anouar el-Sadate, alors président égyptien et de Jimmy Carter, président américain.
Autre disparition d'un père fondateur de l'Etat : celle d'Itzhak Rabin, en novembre 1995. L'artisan des accords d'Oslo, Premier ministre depuis juillet 1992, est assassiné par Yigal Amir, un étudiant d'extrême droite israélien. L'édition française fait sa une sur l'hommage rendu à l'ancien général de Tsahal, devenu l'un des plus farouches défenseurs de la paix. Un million de personnes s'étaient réunies sur l'esplanade de la Knesset pour une cérémonie officielle d'adieu.
Entre-temps, un an après les accords d'Oslo, qui mettent fin à la première Intifada, Israël doit faire face à une nouvelle vague d'attentats terroristes à partir de 1994. Tel-Aviv, Ramat Gan, Netanya puis Jérusalem sont frappées par des attentats suicides. L'édition française, qui adopte définitivement une photo couleur en une à partir de 1994, titre régulièrement sur ces actes de terrorisme sanglant qui frappe le pays.
Quelques bonnes nouvelles, aussi, en vrac, au cours de ces 8 ans : la grande vague d'aliya russe entre 1990 et 1991, l'inauguration du nouveau bâtiment de la Cour suprême à Jérusalem en 1992, et les premières prestations dans le petit Etat juif de grandes stars internationales comme Elton John et Madonna. Quant à la controversée Dana International, elle a permis à Israël d'être sous les feux de la rampe en 1998, en remportant l'Eurovision.
1998 - 2002
En 1998, Israël fête ses cinquante ans. Pour marquer ce jubilé, la rédaction, dirigée par Isabelle Puderbeutel depuis le départ de Richard Darmon en novembre 1996, publie un portrait de Théodore Herzl en première page de son numéro du
29 avril. Puderbeutel restera aux commandes pendant deux ans.
Un an plus tard, la maquette du journal évolue. Signe des temps, à partir de 1999, l'image envahit la une. L'édition française quitte son look de quotidien pour entrer dans l'ère du magazine. Le journal gagne en modernité, et les pages intérieures sont plus aérées. Mais si la présentation change, l'info, elle, fait date : en mai 1999, contre toute attente, Ehoud Barak remporte les élections anticipées et contraint Binyamin Netanyahou à l'exil politique. "La victoire d'Ehoud Barak avec 56 % des suffrages exprimés bouleverse la donne politique en Israël", pouvait-on lire.
Autre bouleversement en 1999, mais du paysage tel-avivien cette fois : avec la construction des deux premières tours Azrieli - la ronde et la circulaire. La troisième, la tour carrée, sera terminée en 2006. Les trois bâtiments forment un complexe de gratte-ciel du nom de leur créateur, le célèbre architecte David Azrieli. En janvier 2000, Martine Fischel reprend officiellement les rênes du journal. L'hiver est particulièrement rigoureux à Jérusalem, qui décide la rédaction de mettre la neige en une. Mais cette année-là restera marquée comme celle de la seconde Intifada. "Emeutes dans les territoires," fidèles reflets d'une situation tendue, les titres se suivent, et malheureusement, se ressemblent.
L'époque est lourde : alors que le processus de paix est dans l'impasse après les sommets de Camp David II en juillet 2000 et que l'armée israélienne vient de se retirer du Sud-Liban, le gouvernement d'Ehoud Barak doit affronter l'insurrection palestinienne. Cette nouvelle guerre des pierres avait commencé en septembre 2000, avec la visite d'Ariel Sharon sur le Mont du Temple à Jérusalem, en septembre 2000. Provocations du chef du Likoud selon les Palestiniens, ou insurrection planifiée par Yasser Arafat après l'échec de Camp David II, d'après bon nombre d'experts. Toujours est-il que les attentats suicides reprennent en Israël, plus de vingt morts dans une discothèque de Tel-Aviv, près d'une trentaine lors de l'attentat de l'hôtel Park à Netanya. Des actions pilotées par Marouan Barghouti qui s'impose en véritable chef des terroristes palestiniens.
Conséquence de la seconde Intifada, l'opération "Rempart" est mise en place, Tsahal investit partiellement les territoires. L'idée d'une barrière de sécurité est également envisagée. Parmi les incidents notoires, la visite de Lionel Jospin à l'université de Bir Zeit, près de Ramallah. Le Premier ministre socialiste français est pris pour cible par des étudiants palestiniens, à coups de jets de pierres. Blessé à la tête et hors de lui, le leader socialiste français avait annulé la visite d'un camp de réfugiés prévue le lendemain.
2002 - 2008
En mars 2002, le ballet des rédacteurs en chef continue : Meïr Azoulay remplace dorénavant Martine Fischel à la tête du journal. Homme d'image, il imprime sa pâte graphique sur l'hebdomadaire qui hérite alors d'une nouvelle identité visuelle : le logo "Jérusalem Post - Edition française" s'étend sur toute la largeur de la page et la couleur s'invite même dans les pages intérieures. Pour autant, l'actualité reste sombre. La victoire du Maccabi Tel-Aviv à l'euroleague de basket, en 2001, ne détournera pas l'attention de la seconde Intifada et de ses conséquences.
En juin 2003, l'édition française du Post fait sa une avec la barrière de sécurité. La rédaction se pose la question de son efficacité face au terrorisme. "Israël fait le mur", titre l'hebdomadaire. Outre son regard vigilant sur la charte graphique du journal, Meïr Azoulay travaille sa titraille : phrases courtes, mots percutants, le Post en français s'exerce aux jeux de mots : "L'angoisse de la séparation", toujours à propos de la clôture de sécurité, "Hélicos au billot" pour évoquer les appareils de l'aviation israélienne.
L'édition française consacre toujours une large part au conflit proche-oriental, mais les sujets de société sont de plus en plus développés. A titre d'exemple, cette une d'août 2004, qui met à l'honneur un orthodoxe en trottinette. Objectif : mettre l'accent sur les mutations de la communauté ultra-orthodoxe. Enfin, dernier legs de l'ère Azoulay, la maquette du journal s'étoffe pour passer à 32 pages.
Quand Chantal Osterreicher prendra le relais, en juin 2005, elle se trouvera confrontée à une actualité bien chargée. D'abord, le retrait du Goush Katif, à l'été 2005. Cette région au nord-ouest de la bande de Gaza, acquise en 1967, compte à l'époque 8 000 habitants israéliens, tous seront évacués par l'armée israélienne en août, sur décision du gouvernement d'Ariel Sharon. Un événement qui aura marqué les esprits et divisé le pays entre partisans du retrait israélien et opposants. Pour certains, assurer la sécurité de ces populations était devenu trop coûteux, d'autres pensaient qu'il s'agissait d'un signe de bonne volonté de la part d'Israël, qui allait dans le sens de paix. Pour autant, même après le désengagement, les roquettes Qassam tirées depuis Gaza n'ont pas cessé de tomber.
Le 25 juin 2006, Guilad Schalit est kidnappé par le Hamas et Israël lance alors l'opération "Pluie d'été" dans la bande côtière du Sud. Autre front de conflit, au nord cette fois, à la frontière libanaise : depuis le printemps 2006, les guérilleros du Hezbollah bombardent le nord d'Israël. Les tensions sont à leur comble avec l'enlèvement des deux soldats israéliens Ehoud Goldwasser et Eldad Réguev, coup d'envoi de la seconde guerre du Liban, le 12 juillet 2006, dans le but de récupérer les deux soldats kidnappés.
La guerre se termine sur une situation d'échec militaire et politique pour Israël. Cinq terroristes libanais seront par la suite relâchés en échange des dépouilles des deux soldats israéliens. La commission Winograd se chargera de faire la lumière sur les erreurs d'Ehoud Olmert et d'Amir Peretz, respectivement Premier ministre et ministre de la Défense d'alors.
Quelques bonnes nouvelles, tout de même, avec la société Better Place fondée par Shaï Agassi en octobre 2007 et qui promet de lancer Israël dans l'ère de la voiture électrique. Ou l'élection de Shimon Peres à la présidence de l'Etat le
13 juin 2007.
2008 - 2010
A quelques jours d'intervalle, Nicolas Sarkozy accédait à la fonction suprême en France. Avec, dans son sillage, le réchauffement des relations diplomatiques entre Paris et Jérusalem. Et son cortège de visites diplomatiques : le locataire de l'Elysée viendra déclamer son amitié à l'Etat juif, accompagné de sa nouvelle épouse, qui lui volera presque la vedette, en juin 2008.
Quelques mois plus tôt, en janvier, c'est le président américain, George Bush, qui venait affirmer au peuple israélien son indéfectible soutien. Autre visite médiatisée : celle du souverain pontife en mai 2009. Autant de rencontres au plus haut rang de la diplomatie qu'aura dû couvrir la nouvelle rédaction mise en place par Nathalie Blau, qui succède à Chantal Osterreicher en janvier 2008. Sous son impulsion, l'édition française prend son visage actuel : une photo de une en pleine page, un journal résolument magazine, une maquette revisitée pour proposer un journal encore plus dynamique et structuré.
Pour autant, l'actualité, elle, s'enlise. Jérusalem reste résolument l'objet de toutes les tensions. Quant à Sderot, fin 2008, la ville est toujours sous les roquettes. Tsahal lance l'opération Plomb durci le 27 décembre, avec les raids et les bombardements de son aviation, suivis quelques jours plus tard par une offensive terrestre. Les militaires israéliens sont sur le front, à l'image de ses deux soldats brandissant le drapeau blanc et bleu en première page de ce numéro de janvier 2009. Objectif affiché : mettre fin aux tirs de roquettes dont Sdérot est la cible depuis plusieurs années, en détruisant les postes de tirs et les stocks de roquettes Kassam.
La ville aurait essuyé plus de 6 000 roquettes en plus de vingt ans de bombardements sporadiques, causant morts, traumatismes pour la population et destructions multiples, comme le constate Binyamin Netanyahou sur cette une de décembre 2008.
Triste anniversaire, en mars 2009 : Israël commémore les 1 000 jours de captivité du jeune caporal Guilad Schalit. Son père Noam, en tête. Aujourd'hui encore, aucune visite de la Croix-Rouge ne lui a pas été autorisée. Enfin, dernier événement en date, l'affaire de la flottille : des commandos israéliens arraisonnent le Mavi Marmara qui transporte des militants prétendument pacifistes et de l'aide humanitaire pour Gaza. Bilan de l'opération : des soldats lynchés qui répondent en ouvrant le feu, résultat, neuf morts et une vague de critique anti-Israël au sein de la communauté internationale.
En passant, Israël a toutefois engrangé quelques succès dont il peut être fier : un prix Nobel de Chimie en 2009, grâce à Ada Yonath, l'inauguration d'un laboratoire de nanotechnologie parmi les plus sophistiqués au monde, en mai 2010 par l'université Bar-Ilan. Quant à Shahar Peer, elle a été élue femme de l'année 2010 par les médias israéliens et fait son entrée parmi les 20 premières joueuses de tennis mondiales.
Autant de bonnes raisons de continuer à lire l'édition française du Jerusalem Post.
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